Forain des Mers

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kalamata Péloponèse

 
 

 heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage....(Joachim Du Bellay)

Cunjet: la bataille de Pétrowaradein

A Belgrade une armée forte de 40 000 janissaires, 20 000 spahis et 10 000 tatars, ainsi que de la cavalerie kuruc (hongrois hostiles aux Habsbourg). Cette armée traverse la Save à Zemun à la fin du mois de juillet, et se déplaçe sur la rive droite du Danube en direction de Sremski Karlovci.

Le corps parti d’Istanbul en avril a gonflé sans cesse, rejoint par les bataillons de spahis déjà en Epire, en Albanie et en roumanie et Macédoine. Cette migration géante a tout ravagé sur son passage ; il ne reste plus rien dans les villages traversés, plus de bêtes plus de fourrages, plus de victuailles, qu’une désolation que les habitants survivants mettront des années à effacer. Et ce n’est pas la première et la dernière fois que les soldats de ces armées de conquête rempliront au passage les ventres des paysannes comme un cadeau laissé en remerciement au pillage des richesses agricoles.

Les 100 000 hommes de l’armée ottomane occupent depuis plusieurs jours les plaines de Pétrowaradein, ville serbe installée sur un méandre du Danube. La ville fortifiée dispose ainsi sur les trois quarts de ses remparts d’une barrière naturelle. Le campement de l’empereur installé sur une hauteur est fortement gardé par une véritable garnison de campagne composée par le millier de janissaires qui servent dans la garde personnelle d’Ali Damat.

Dans la ville les italiens se sont enfermés, se préparent à l’affrontement et au siège qui désormais est inévitable. Nous sommes là dans la suite logique de la guerre de Morée initiée il y a un peu plus d’un an maintenant. La résistance des vénitiens dans la citadelle de Corfou a poussé le vizir plus au nord, vers la Bosnie. Il sait parfaitement qu’en s’attaquant à la région il provoque ainsi une nouvelle fois le prince Eugène d’Autriche. Cette fois-ci il sent les conditions réunies de surprendre et de vaincre l’empire austro hongrois qu’il par deux fois l’a vaincu dans le siècle dernier.

Les soldats turcs sont fatigués de cette longue marche. Ils ont besoin de se reposer, de s’entrainer au combat, d’organiser leurs bataillons pour vaincre l’ennemi. Cunjet organise la sécurité du camp. Il ne fait confiance qu’à Deniz. Il sait qu’au combat tous les coups sont permis et que bien souvent les hommes les plus fidèles n’hésitent pas à trahir pour une bourse. Il connait bien ses hommes, tous proches, issus de la même école militaire que lui, mais un traitre peut toujours se cacher derrière les serments de fidèlité. Et il a raison.

Le 1er août Deniz qui a surpris une conversation il y a peu de temps le prévient in extrémis qu’on va attenter à la vie du vizir. A la nuit tombée les deux hommes, tapis sous les tentures près de la porte de la tente du grand vizir attendent fébrilement l’attentat. A leur grande surprise, les deux janissaires de garde et trois autres surgissent l’arme au poing. A leur tour d’être surpris de voir le commandant abattre son cimetère sur le bras du premier assaillant. Le combat est bref. Les comploteurs reculent et tentent de s’enfuir. Arrêtés, soumis à la torture ils avouent leur trahison avant d’être exécutés sur le champ par décapitation au centre du camp. 

Ali Damat est fou de rage, ne supporte pas cette trahison et décide de précipiter son plan pour la prise de la forteresse avant de pousser plus au nord. Mais il sera devancé par les autrichiens. Le commandant des forces autrichiennes, le Prince Eugène de Savoie, décide d'attaquer les turcs devant Peterwardein.

La forteresse compte une garnison de 8 000 hommes,principalement des serbes, alors que l'armée autrichienne est quant à elle constituée environ pour moitié de régiments hongrois. Il met en ordre de marche cette armée impériale d'environ 80 000 hommes qui était stationnée à Futog.

Le 2 août, a lieu la première escarmouche entre l'avant-garde autrichienne et des cavaliers ottomans. Le lendemain, le grand vizir a pratiquement atteint la forteresse. Les janissaires creusent des tunnels de sapes et commencent à bombarder la forteresse mais la résistance des italiens surprend.

Il envoie alors simultanément 30 000 janissaires à l'assaut des troupes impériales qui viennent de traverser le Danube et qui commencent à gravir les pentes escarpées de la fortification.

Dans la nuit du 4 au 5 août le gros de l'armée autrichienne traverse le Danube sur deux pontons et établit son campement tandis qu’à sept heures du matin, sans attendre le Prince Eugène lance l'offensive autrichienne à la grande surprise d’Ali pacha Damat qui s’attendait à une installation lente des prussiens sur la rive.

Alors que le flanc droit, sous les ordres du prince Charles-Alexandre de Wurtemberg, prend d'assaut une batterie d'artillerie ottomane, le centre de l'armée impériale se déploie avec difficulté devant les petites portes de la forteresse.

Les janissaires mènent une contre-attaque immédiate et forcent les autrichiens à se replier. Le Prince Eugène enraye cette contre-attaque en engageant ses renforts et envoie sa cavalerie sur les flancs ottomans dans une manœuvre d'encerclement. Le grand vizir ne parvient pas à briser cet encerclement avec ses spahis et il ne peut non plus regrouper ses troupes. Les tatars se retirent avant même d'avoir engagé le combat.

Les ottomans étant en déroute, le Prince Eugène mène en personne ses troupes contre le campement du grand vizir. Avec l'appui de la canonnade de six frégates de la flotte du Danube, les autrichiens remportent la bataille vers 14 heures alors que le grand vizir lui-même est tué (il est enterré à la forteresse de Belgrade dans la tombe connue sous le nom Damad Ali Pašino Turbe).

A l’annonce de la mort du chef c’est la déroute et seulement 50 000 ottomans parviennent à regagner Belgrade.

A suivre : la bravoure de Cunjet

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